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Cancer : le choc des émotions

Le diagnostic est tombé : il s’agit d’un cancer. Ce mot, que d’aucuns préféreraient ne jamais entendre, résonne tel un coup de gong final. Un ennemi invisible vient de faire irruption dans votre vie qui soudainement bascule. Un flot d’émotions déferle sur vous, allant de la colère à l’anxiété, de la tristesse au déni. Voilà que débute votre combat contre la maladie et votre plus grand défi émotif. Au Québec, toutes les 11 minutes, une personne apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. À l’échelle du pays, 40 % des femmes et 45 % des hommes risquent d’en souffrir au cours de leur vie.

Lorsque survient un diagnostic de cancer, il faut un temps pour encaisser la nouvelle. Le patient a souvent l’impression d’être dépassé par les événements. Pourquoi moi ? Que va-t-il m’arriver ? Comment vais-je l’annoncer ? « Le mot cancer demeure effroyable, tabou et synonyme de mort. Il reflète l’idée d’un mal intérieur, la croyance d’en être responsable, la conception d’une maladie incurable », explique Dre Marika Audet-Lapointe, psychologue en oncologie.

« Pourtant, il existe plus d’une centaine de types de cancer, chacun ayant ses particularités, son évolution et sa réceptivité aux traitements. Aussi, malgré sa complexité, il est possible de vivre avec le cancer, grâce aux avancées thérapeutiques », ajoute-t-elle.

Tous les jours, Dre Audet-Lapointe accueille dans son cabinet des personnes atteintes d’un cancer et leurs proches afin de mieux les outiller pour faire face à la maladie. Chaque patient se libère du stress à sa manière, de nombreux facteurs pouvant influencer sa façon de vivre avec l’incertitude liée au cancer.

« La publicité télévisée où tout le monde tombe à la renverse en apprenant le diagnostic a bien fait son travail pour frapper l’imaginaire des gens mais, dans les faits, elle ne reflète pas toujours la réalité. Un patient qui ne s’y attendait pas peut vivre un bouleversement émotif en apprenant la nouvelle, tandis qu’un autre qui était malade depuis longtemps sans savoir ce qu’il avait réellement peut se sentir soulagé à l’idée que l’on puisse enfin lui prodiguer des traitements pour alléger sa souffrance », mentionne-t-elle.

DES ÉMOTIONS INTENSES

Vivre avec le cancer est un défi émotif. L’expérience du cancer est ponctuée d’émotions variées et intenses qui habiteront le patient tout au long de son parcours en oncologie. L’annonce du diagnostic, l’investigation, les traitements, les effets secondaires, le suivi médical susciteront de multiples émotions.

« À tout moment durant la maladie, le patient peut vivre un stress psychologique. J’ai rencontré des patients qui avaient une peur bleue des aiguilles et d’autres qui ne supportaient pas l’idée d’avoir des nausées après un volume 21 numéro 5 LE MAGAZINE DES CFQ 7 traitement de chimiothérapie. Bien sûr, le cancer fait peur, mais la peur n’est pas stricte ment liée au diagnostic et à la crainte de mourir. »

Dans le jargon des psychologues, le stress psychologique est aussi connu sous l’acronyme CINÉ. La recette du stress serait universelle. Pour qu’une situation soit stressante, un ou plusieurs des éléments suivants doivent caractériser la situation : le manque de contrôle, l’impré visibilité, la nouveauté et la menace à l’égo.

« En d’autres mots, la maladie oncologique est souvent vécue comme une perte de contrôle du corps. Le succès thérapeutique est imprévisible, la certitude d’une absence de récidive est impossible. De plus, le parcours oncologique est parsemé de nouveautés liées à la maladie, aux traitements, aux effets secondaires, au monde médical. Tout cela, sans oublier que le cancer peut engendrer des changements socioéconomiques et des modifications relationnelles. Il peut atteindre l’estime de soi, la sexualité et l’image corporelle, provoquant ainsi une menace à l’égo », explique la psychologue.

DES ÉMOTIONS JUSTIFIÉES

« Ne sois pas fâchée, tu vas nourrir ton cancer ! » Bien des patients ont un jour entendu cette phrase de la bouche d’un proche qui cherchait à les encou rager. En conséquence, bon nombre d’entre eux en sont venus à croire qu’ils se rendraient plus malades en éprouvant des émotions négatives, d’autres allant jusqu’à ressentir de la honte.

« Chaque patient a sa propre façon de composer avec le défi émotif de vivre avec le cancer. Mettre un couvercle sur ses émotions n’est pas une solution. Que ce soit pour la personne touchée par le cancer ou son entourage, une façon de s’adapter est d’identifier la source du stress et de trouver une façon de l’apaiser », souligne Dre Audet-Lapointe, qui estime que toute personne recevant un diagnostic de cancer devrait consulter un psychologue en oncologie pour l’aider à mieux gérer l’incertitude liée à la maladie.

« Toutes les émotions sont justifiées, mais il faut rester vigilant, car elles ne doivent pas devenir envahissantes et destructrices. »

Une stratégie efficace, selon la psychologue, est de s’informer auprès de son médecin afin de comprendre la situation, de bien saisir les étapes et de participer au choix du traitement. Une autre stratégie consiste à cultiver la vie en se permettant des petits projets, des plaisirs, seul ou avec l’entourage ; ces projets aident le patient à se sentir vivre.

« Ces deux actions permettent d’augmenter la perception de contrôle, de minimiser la nouveauté et de diminuer l’intensité du stress psy cho logique associé au cancer », constate-t-elle.

(Vous pouvez lire la suite dans l’Actuelle magazine des CFQ du volume 21 numero 5)